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TANGO CONNECTION – BATACLAN

En octobre, il n’y aura pas de Contradanza XXL, mais nous nous retrouverons tous, Splendor Tango Club compris, au Bataclan pour la grande soirée de clôture du Festival Ile-de-France, TANGO CONNECTION, un concert de tous les tangos d’ici et d’ailleurs, nomades, métissés, polyglottes. Et on pourra même y danser!


DIMANCHE 14 OCTOBRE AU BATACLAN A 17 h (durée 3h environ).

Infos et réservations, sur le site du Festival Ile de France.
Tarif: 22€, réduit 16€.

 

Avec:

Juan Carlos Caceres Trio (afro-tango)                                    Anna Saeki voix (Japon) 
Juan-Carlos Caceres (piano, chant)                                            Ivo de Greef (piano)
Guillermo Venturino, Javier Estrella (percussions, cajon)                Splendor Tango Club

Jerez Le Cam Quartet (Balkans)                                             Tangele Trio tango yiddish
Gerardo Jerez Le Cam (piano)                                                  Lloica Czackis (chant)
Mihail Trestian (cymbalum)                                                       Ivo de Greef (piano)
Juanjo Mosalini (bandonéon)                                                    Juan Lucas Aisemberg (alto)
Iacob Maciuca (violon)

Aïcha Redouane (tango arabe)
Habib Yammine : riqq et daff (tambours sur cadre), composition musicale
Salah El Din Mohamed : joueur égyptien de qânûn (cithare)
Safwan Kenani : violoniste palestinien

Splendor Tango Club ensemble instrumental                           Tomás Gubitsch guitare solo
Fernando Fiszbein (bandonéon et arrangements)
Michael Gneist (violon, arrangements)
Ivo de Greef (piano)
Pablo Pensavalle (guitare)
Eric Chalan (contrebasse)
Nico Costello (chant)

 

 

Comment est née l’idée de cette programmation…

Né sur les rives du Rio de la Plata, entre Argentine et Uruguay, à la fin du XIXe siècle, le tango dit argentin se nourrit depuis un siècle d’allers-retours entre Paris et Buenos Aires. Mais au-delà, ou à travers, cet axe fondateur, le tango a fait le tour du monde, revenant à et repartant de Buenos Aires fort de ces frottements, bifurcations, hybridations.

Tango nomade, tango voyageur, tango transnational… le tango argentin s’influence de multiples rencontres culturelles et artistiques tout en conservant son image d’épitomé de l’identité culturelle argentine. Un bien étrange voyage à la vérité, qui entre altérité et appartenance, parvient, au-delà de la multiplicité et de la diversité de ses formes, à conserver son mystère tango. C’est que la rencontre avec l’autre est l’essence même du tango, dans l’abrazo, cette étreinte qui fait du lointain un proche, de l’étranger un étrange intime pendant les 3 minutes d’un tango à danser.

C’est souvent en tant que danse occidentale, signe de la modernité, que le tango se diffuse à partir de l’Europe dans les Années folles, folles de tango. Dés les années 20, il s’immisce an Moyen-Orient où l’Égyptien Mohamed Abdel Wahab le mixe au tarab, musique orientale classique, et où le Libanais Farid El Atrache pose des paroles arabes empreintes de nostalgie sur le compas du tango. Il fait les belles heures du nouveau régime laïc d’Ataturk, qui danse lui-même un tango avec deux autres couples lors de sa cérémonie d’investiture ! Le premier tango turc est composé en 1928 par Necip Celal Andel et chanté par Seyyan Hanim Oskay, la première femme à être autorisée à monter sur une scène en Turquie. C’est le début d’une production flamboyante influencée par les harmonies et les arrangements locaux, sur les thèmes des amours impossibles et des regrets, qui touche toute la population.

Alors qu’Ibrahim Özgür fait se pâmer les femmes avec ses tangos romantiques dans les clubs d’Istambul ou lors de ses tournées au Moyen-Orient ou jusqu’en Indonésie, les Roumains Jean Moscopol et Titi Botez « l’éternel amant », et le « roi du tango russe » exilé Pjotr Leschenko, font de Bucharest entre 1930 et 1945 une éphémère capitale du tango, non exempt d’influence des folklores tziganes.

Comme en sa terre portègne même, pour des raisons politiques ou sociétales – notamment la concurrence avec le Rock – le tango subit partout une éclipse dans les années 70-80. Partout ? Pas tout à fait. Alors que les musiciens exilés affluent à Paris et composent de nouveaux tangos à écouter, il perdure en deux terres exotiques où le tango a été introduit dans les années 20.

En Finlande, pays qui a composé le plus de tangos après l’Argentine, le succès du tango autochtone, triste et nostalgique, ne se dément pas tout au long du siècle, dansé aussi bien en ville que dans toutes les campagnes, et ce n’est que dans les années 90 que des contacts sont pris avec l’Argentine ; tout comme au Japon. Dès 1928 le Baron Magata, qui a appris à danser à Paris initie l’aristocratie japonaise au « tango parisien », qui s’en éprend éperdument, les hommes n’hésitant pas rémunérer des danseuses professionnelles comme partenaires, alors que la classe moyenne danse le tango dans le style ballroom venu d’Angleterre. En revanche, la musique suit la tradition argentine, et dans les années 50, pas moins de 20 orchestres de tango sont en activité. Certains vont jouer jusqu’à Buenos Aires alors que les grandes Tipica (Canaro, D’Arienzo, Pugliese…) portègnes triomphent sur les scènes japonaises dans les années 50 et 60. Du célèbre violoniste Taro Hakase qui composa le tango Watashi pour l’orchestre Forever Tango en 2000 aux Japonais qui gagnèrent les Mundial de tango à Buenos Aires, le tango, toujours considéré comme exotique, qu’il vienne d’Europe ou d’Argentine, a gardé sa popularité au Japon depuis presque un siècle.

Ainsi va et revient le tango, empruntant ici, léguant là, s’acculturant ailleurs… Comment pourrait-il en être autrement pour un genre qui est proprement né du métissage de l’émigration ? Si « cette musique de déracinés n’a de géographie que celle de l’errance » (Pierre Monette), c’est aussi parce que le tango, à l’instar de son frère flamenco, avec qui il partage les quatre parts de la musique, du chant, de la danse et de la poésie, a pu s’hybrider avec d’autres formes musicales, du jazz à la musique électronique, sans rien perdre de son identité.

Des racines africaines du tango (Caceres) à la rencontre du tango avec les musiques slaves et tsiganes (Jerez Le Cam), en passant par les tangos chantées au féminin du Liban (Soumaya Baalbaki) et du Japon (Anna Saeki), c’est à un long voyage que vous êtes conviés, à la découverte du tango palimpseste, tango nomade plus que mondialisé, tango voyageur plus qu’international, tango fluide en constante évolution, résolument contemporain et passionnément ancré dans la tradition dynamique de cette « passion triste qui se danse ».

 

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